Sayônara

Jeu. 07 septembre 2017, à 18h30
Cinéthique : Soirée Débat avec l’Espace de Réflexion Éthique Midi-Pyrénées

sayonara

Sayônara
de Kôji Fukada - Japon - 2017 - Int : Bryerly Long, Geminoid F, Hirofumi Arai...- 1h52 - VOST

Le Japon est victime d’attaques terroristes. Irradié, le pays est évacué vers les états voisins. Tania attend son ordre d’évacuation dans une petite maison perdue dans les montagnes, veillée par Leona, son androïde. Toutes deux deviennent les dernières témoins d’un Japon qui s’éteint à petit feu...

 

SAYONARA OU LE ROBOT "AIDANT NATUREL" ET " BENEVOLE D'ACCOMPAGNEMENT"
Pierrette AUFIERE /ERE OCCITANIE

Dans ce film à la lenteur et à l'esthétique extrêmement japonais, le contexte de l'histoire est linéaire et ne sert qu'à poser l'explication d'une solitude et de l'isolement géographique propice à la seule intervention d'un robot, à la fois maternel, infirmier, aidant et protecteur jusqu'au-delà de la fin.
Dans ce Japon où des catastrophes nucléaires ont ravagé le pays et obligent peu à peu à ce que tous les habitants le quittent, avec une priorité aux autochtones, lesquels, régulièrement, se rendent devant des listes de numéros à consulter pour être évacués…
Nous sommes confrontés à la vie d'une jeune femme venant d'Afrique du Sud, ayant vécu dans une maison, construite ou acheté par ses parents depuis son plus jeune âge, personnage filmé jusqu'à sa mort, le plus souvent en plan continu, limité à une seule pièce voire à un seul meuble de la pièce, le divan, appuyé contre le mur, surplombé d'une fenêtre "cadre".
Elle y est maintenant seule, son compagnon japonais éphémère et amoureux qui lui rendait des visites de manière sporadique, ayant été autorisé à partir de l'île.
Les premières images ouvrent sur un fauteuil roulant électrique transportant une silhouette rigide, au visage impassible, et l'on comprend qu'il s'agit en fait d'un robot féminin aux traits et à l'apparence humanisée, lequel robot, face à l'usure du temps, est handicapé et ne peut plus marcher.
Mais ce robot continue dans son état à veiller sur l'héroïne, qui passe ses jours, puis ses nuits, sur ce divan dans un état d'épuisement allant en s'accentuant jusqu'à ce que sa maladie incurable finisse par l'endormir définitivement.
Auparavant elle va échanger, dialoguer, avec sa partenaire dont on apprend au fil des conversations qu'elle a été programmée à l'époque par son père pour veiller sur la fillette, dont le syndrome gravissime était déjà diagnostiqué.
Devenus inséparables la jeune femme partage des souvenirs avec cette machine entrainant la sensation qu'elle partage ces émotions ou en tout cas qu'elle en renvoie les apparences pour enfin laisser s'étendre et s'éteindre sa " patiente "

Les paysages entourant la maison ne sont plus parcourus au bout d'un moment que par le robot, l'épuisement de l'héroïne ne lui permettant même plus de pédaler comme elle le faisait au départ et garder ainsi un semblant de sociabilité avec une amie japonaise - qui va d'ailleurs elle-même se suicider par le feu lors de la dernière soirée apparemment festive à laquelle elles assisteront ensemble - les paysages sont d'une neutralité campagnarde, qui, si l'on oublie les yeux obliques du robot, pourrait se situer dans n'importe quel lieu.
Et avec l'arrière-plan des jours et des nuits conjuguées illuminant la fenêtre, l'on voit se décomposer de manière quasiment momifiante le corps de la jeune femme, le robot demeurant assis immobile devant ce spectacle jusqu'à ce que, dans une dernière caresse sur l'ossature du crâne, elle vienne adoucir ainsi cette mort , avant de quitter les lieux et de rouler dans son fauteuil jusqu'à épuisement de l'énergie motrice, et se traîner sur les coudes pour aller admirer le fantasme de sa protégée, la floraison pourpre de la bambouseraie proche, dernière option onirique qui resplendit son personnage et le spectateur…
Ainsi en parodiant Philip. K. DICK pourrait-on dire "Les androïdes rêvent-ils de fleurs électriques?"

En corrélation avec les conférences de la manifestation "CITHETIQUE"
L. DEVILLERS "DES ROBOTS ET DES HOMMES"
Et de
R. ALAMI - B. TONDU - S. TISSERON "ROBOTS ESCLAVES OU PARTENAIRES ?"

 

Les questionnements Ethique de ce film pourraient être les suivants:


1) À quoi servent les robots compagnons ? Quelle assistance peuvent-ils apporter quand ils sont sans contrôle humain ? Les robots compagnons remplaceront- ils les aidants humains ... ?
Ceci renvoie à la question posée par la maladie grave et incurable d'une personne jeune dont les parents ne vivront pas assez longtemps pour lui donner les soins et l'accompagnement nécessaires, contraints à programmer un robot compagnon...

2) Les robots peuvent-ils par eux mêmes adapter leur comportement: dans le film le robot déclare ne pas être au départ programmé pour "faire les courses" ...Or il les effectue! Comment y est il parvenu et est ce réellement possible ?
En dehors de leur programmation quelles initiatives les robots peuvent- ils seuls mettre en œuvre ?

3) À la fin du film le robot s'épuise jusqu'à sa destruction pour accomplir le rêve de sa "patiente " décédée: voir la floraison des bambous. Les robots ont-ils vraiment des émotions ou sentiments?

4) La question de la discrimination des individus dans les priorités pour l'évacuation de l'ile. On peut noter qu'en dernier sont relégués les non autochtones immigrants et les repris de justice!

Avec une rare économie de moyens et de brillantes idées de mise en scène, Koji Fukada réussit un film unique en son genre comme si Ingmar Bergman s’était essayé à la SF apocalyptique. Paris Match

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