Retour vers les sixties - 1ère partie 5 et 6 novembre

Dans le cadre du mois du documentaire
le Cratère et imagopublica, en partenariat avec l'ESAV

L'époque présente sanctifie les années soixante comme l'horizon indépassable, dans le champ d'une économie de la croissance, d'un "capitalisme à visage humain" ; et pourtant chacun commence à savoir, par exemple, que "Les Trente Glorieuses", qu'une génération aurait digérées dans les rôts de ses abus, n'est que le spectre d'un illusoire "Age d'Or" du spectacle construit après coup… Ce mythe spectaculaire, dont la seule fin est de distraire la raison de son acuité critique au présent, est par ailleurs (comme en témoigne la reparution du mensuel Lui par exemple!), rejoué sur le mode même d'un spectaculaire décalé…

Comment le cinéma contemporain de ce temps travaillait-il son époque ? C'est ce qui retiendra ici notre attention…

Le Cratère, le Groupe de Recherche Documentaire et imagopublica proposent donc cette saison deux moments consacrés à ce flash-back. Cette première partie, à travers 3 films, permettra de dresser un rapide panorama (au moins une évocation) de ce que l'on désigne par "cinéma underground" ; la seconde partie, au printemps qui vient, sera consacrée au cinéma de l'essai qui vit, dans cette époque-là, un moment remarquable de son développement comme forme cinématographique autonome.
Guy-Claude Marie/ imagopublica

Mardi 5 novembre 21h en compagnie de Guy-Claude Marie et Jean-Louis Dufour, Directeur de l'ESAV, initiateur du Groupe de Recherche Documentaire

freeradicalsFree Radicals
de Pip Chodorov, France, 2011, 1h20
Qu’est-ce que le cinéma « expérimental » ?
Avec malice, humour et poésie, Pip Chodorov invite ses amis cinéastes - Hans Richter, Peter Kubelka, Ken Jacobs, Jonas Mekas, Maurice Lemaître, Stan Brackhage et bien d’autres - à évoquer leur travail, et retrace cent ans d’histoire de l’avant-garde tout en évoquant son rapport personnel à cet art, à ces films et images ayant forgé son existence…
"Les professions de foi radicales se croisent, sans manquer de rappeler au passage que mener une existence à l’avant-garde a toujours un prix : faire des films expérimentaux, fussent-ils sublimes, ne coûte certes presque rien, mais ils ne rapportent guère plus à leur auteur, sinon la satisfaction fragile de vivre, comme disait Brakhage, pour le seul «crachat du poète»." Next/Libération


Mercredi 6 novembre 19h en compagnie de Michaël Rogosin, réalisateur, Guy-Claude Marie et Jean-Louis Dufour

good-times-wonderful-timesGood times, wonderful times
de Lionel Rogosin, Etats-Unis, 1965, 67 minutes

La frivolité et l’insouciance d’un cocktail mondain à Londres donnent lieu à des discussions sur tout et n’importe quoi. Mais au milieu des années 60, le monde gronde à l’extérieur : alors que les deux Guerres mondiales se délitent dans l’oubli, les conflits prolifèrent sur la planète…

"Lionel Rogosin passe trois mois à chercher dans les agences publicitaires et dans les cercles d’artistes des personnes superficielles et distinguées pour incarner les convives du cocktail londonien. Ces membres de la bourgeoisie de droite londonienne étant tellement sûrs d’eux, de leur culture et de leur bon goût, qu’ils se lâchent complètement au moment du tournage. Rogosin a juste à enregistrer, l’alcool aidant, leurs considérations philosophiques, politiques et sociales ineptes. Mais son principal travail de préparation consiste à accumuler d'innombrables images d'archives, d'extraits de films et de photographies". DVDClassik.fr


Mercredi 6 novembre 21h en compagnie de Guy-Claude Marie et Jean-Louis Dufour

portraitofjasonPortrait of Jason
Shirley Clarke, Etats-Unis, 1967, 109 minutes

Jason, dit Aaron Payne, répond aux questions de Shirley Clarke et Carl Lee, expose et joue sa vie de « marginal ». Jason est noir, homosexuel, prostitué, dans l’Amérique de la discrimination des années 60.Portrait of Jason a été tourné une nuit de décembre 1966 dans la chambre qu’occupe alors Shirley Clarke au mythique Chelsea Hotel à New York. Seul face à la caméra, Jason se met en scène, interprète les personnages croisés lors d’une vie qu’il s’est partiellement inventé depuis son enfance et se raconte, une bouteille de scotch et une cigarette à la main. Portrait d’un homme au parcours hors normes, ce film de Shirley Clarke dresse aussi en filigrane un tableau lucide de la société américaine de ces années-là…

"Danseuse et chorégraphe à l’origine, Shirley Clarke bifurque vers le cinéma en partie sous l’influence de la pionnière américaine Maya Deren. Récusant la catégorie underground, Clarke est communément classée parmi les cinéastes expérimentaux. Mais elle ne se laisse pas épingler si facilement. Si elle a utilisé des techniques et procédés expérimentaux dans son travail, cette artiste multiple est loin d’être une formaliste. Les fondations de son œuvre sont gestuelles, musicales et socio-ethniques." Les Inrocks, septembre 2013