Le Cratère Cinéma Art & Essai Recherche et Découverte
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De 1995 à nos jours : quelques fragments d'une chronique en cours

Préambule
Guy-Claude MARIE, directeur du Cratère [Eté 1995 / Printemps 2012]

Dans l’été 1995, la direction du Cratère change de main et quelques orientations relativement nouvelles dans un premier temps seront prises qui s’accentueront progressivement. Le Cratère augmente son nombre de séances et construit sa programmation essentiellement comme une salle de reprise ou continuation des sorties de films Art et Essai ou Recherche après les grandes salles Art et Essai (ABC, Utopia) de Toulouse, avec quelques inédits de films plus pointus ou plus fragiles non retenus par ces salles. A partir de 1995 le Cratère se tourne davantage vers les films de l'actualité... sa nouvelle vocation est d'être un cinéma de poche comme on parle de livre de poche : l’édition intégrale dans un deuxième temps avec un accès à un tarif moindre. Impasse est faite aussi sauf exception sur les films de patrimoine puisqu’une Cinémathèque, de notoriété internationale et d’une riche programmation, est parfaitement ancrée dans la ville.


C’est avec une certaine émotion que j’ai relu les éditos des premiers « Cratère infos » (quatre pages A4 sur papier recyclé, couleur d’encre changeant à partir du numéro 3) qui ont ouvert cette nouvelle période qui se continue encore aujourd’hui. C’est pourquoi il me semble intéressant de citer ici une partie de ce premier éditorial.


« Le dépassement des frontières, réelles ou figurées, a suscité, dans l’Histoire des hommes, de bien belles aventures, collectives et individuelles. Pourtant, si encore chaque jour des frontières se déplacent ou se transforment, d'autres renaissent, ailleurs ou autrement, engendrant de nouveaux litiges, de nouveaux fracas. Des machines bruyantes toujours plus perfectionnées tracent encore sur la cartographie de la géopolitique planétaire les pointillés rouges de leurs trainées de sang.
Ouvrir cette saison par une programmation essentiellement articulée autour de cette préoccupation, quoique (tant s'en faut !) non exhaustive ni même seulement représentative, ne constitue pas une désolée et désolante invitation à une contemplation éplorée et impuissante des déchirements de ce temps... On connait la phrase célèbre : « Il faut rendre la honte plus honteuse encore en la livrant à la publicité ». II ne s'agit pas seulement d'un tel rappel mais, tout autant, de participer à cette charge d'espoir, que l'on peut voir ici ou là, du développement sur cette planète, d'une citoyenneté étonnée, surprise de sa bouleversante condition (à la fois quelconque et singulière), dépaysée. Qu'enfin, après l'exacerbation des fureurs identitaires de cette fin de siècle (raciales, ethniques, religieuses, sexuelles, comportementales, etc.), I ‘humanité puisse se reconnaitre comme un « désastre réparable ». ( …)
 L’alerte et l'espoir, même si faible et si fragile...
Enfin, et en manière d’exergue à cette saison 95-96 qui s’ébauche, une anecdote empruntée à la petite histoire du Cinéma. On raconte que Sam Goldwyn, un des trois fondateurs de la M.G.M, avait coutume, lorsqu’il prenait le bateau, de souhaiter une bonne traversée à ceux qui restaient à terre...Alors, avec l’écho qui convient, et à l'adresse de toutes celles et ceux qui embarqueront à bord du Cratère (vers quelle possible ou impossible frontière ?) : « Bonne traversée ! »


Ce que nous montre aussi ce premier salut au public de l’automne 1995 c’est une volonté éditoriale de proximité aussi avec la littérature, les sciences sociales, l’engagement politique etc. Des fraternités, sans être toutes vraiment nouvelles, vont se développer avec l’Ecole Nationale Supérieure d’AudioVisuel, avec la librairie Ombres Blanches, le Groupement National des Cinémas de Recherche pour les plus régulières, mais bien d’autres encore…


Cette présence éditoriale s’est maintenue bon an mal an jusqu’au « Cratère infos n°13 » de juin 1997 :


« On aura remarqué (peut-être) l'irrégularité de cette présence éditoriale dans nos « Cratère Infos » qu'il ne faut pas attribuer aux seules nécessités de faire place aux films quand la programmation se fait plus abondante. C’est surtout que ce n'est pas le lieu d'une parole « obligée » ; et notamment, l’exercice qui consisterait chaque fois par nécessité à décliner de façon minimaliste quelques considérations générales, à enfiler quelques perleuses références sur quelques films en programmation ne nous tente guère. On n’a pas toujours quelque chose à dire ! Il faut au moins croire (et tant pis si on se trompe) à la portée, même faible, d'une petite harmonique (pas forcément originale d'ailleurs) développée de chez soi.
Depuis Malraux qu'on répète ce leurre que le cinéma est un art et par ailleurs une industrie (ou le contraire) on a pu, et plutôt confortablement, choisir le camp de l'art, de la culture, et se demander avec parfois même de coupables délectations métaphysiques : « qu’est-ce que le cinéma ?». Or la question essentielle n'est pas tant « qu’est-ce que le cinéma ? » mais « qu’est-ce qu'un film ? que peut-il ? que fait-il ? »  Le cinéma, comme tous les autres moyens d'expression d'ailleurs, est d'abord un parti pris de communication sociale qui trace son parcours dans l'inévitable (à ce jour encore) jungle du marché (de la production à l'exploitation !) pour lequel il s'agit de faire rire, pleurer...etc.…penser... mais à quel « prix » ? Et plutôt que d'opposer le divertissement à la culture (il y a aussi des plaisirs esthétiques !) opposons l'intelligence sensible à la bêtise (il y a aussi des cultures fascistes ou fascisantes !).
Au cinéma comme ailleurs la question fondamentale reste : « qui joue à quoi dans le tissu social ?». Et il y a au moins deux façons de construire ou renforcer le lien social : le durcir, le bétonner, l'unifier, le « fataliser » dans un consensus lisse et mensonger ou le révéler, l'élucider, le tisser dans ses contradictions et ses métissages, affronter ses béances et ses gouffres, y aller de sa pierre. Marco Ferreri, qui vient de disparaître, était bien sûr de ce dernier camp. Voir ou revoir « Le futur est femme », au-delà du salut à ce « communiste anarchiste » comme il se qualifiait lui-même, est l'occasion d'un coup d'œil par-dessus l'épaule, pas du tout superflu, sur certains questionnements des décennies antérieures. Il n'est pas non plus inutile qu’il vienne éventuellement corriger dans le sens d'une réactualisation de l'espoir, l'implacable constat de Jean Marboeuf qui y va de sa pierre dans son temps, notre présent... Mais... ce « Temps de chien » ... C'est le « nôtre » ?


Ce jeu de mot sur le titre du film de Marboeuf serait toujours pertinent. Ce temps de chien est toujours le nôtre et même pourrait-on dire en réalité augmentée !
Ce temps de chien dans lequel le frêle esquif qu’est le Cratère est toujours embarqué n’empêche pas la lisibilité de sa route, la générosité de sa présence et la diversité de ses propositions, la singularité de sa destination cinématographique à la fois poétique, politique et esthétique.
Le cap a été et est encore tenu par les équipes successives de bénévoles, par l’amitié d’un public fidèle, et par mon successeur et ami, maintenant à la barre, Pierre-Alexandre Nicaise…
Avant de prendre ma part de l’évocation de quelques moments marquants, de participer à l’esquisse rétrospective de quelques temps forts de ce parcours, de dessiner d’une manière peu ou prou impressionniste quelques fragments d’une chronique en cours, et pour conclure cet avant-propos, je refais ce vœu encore aujourd’hui pour les années à venir « Bonne traversée … »

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